Mes dernières secondes

Mes dernières secondes
Mes dernières secondes

Le vacarme de tant de sentiments sadiques
Acheva la moindre joie et satisfaction
De continuer ainsi en société merdique
Monde sans intérêt, inculte, sans raison

Déchirante douleur qui prend son expansion
De mon corps éphémère à ma tête déchue
Mais le reste, mon âme est en pure ascension
Du côté éternel, ici même inconnu

Ultime liberté de cet être nouveau
Qui grandit, grandit pour quitter ma pauvre chair
Terrassée de souffrances et de spasmes inégaux

Mes idées sont brouillées, complètement perdues
Mon esprit s'évade tel mon hémoglobine
Je m'anéantis, je me détruit, je me tue

(Silverrose)

# Posté le mardi 10 janvier 2006 17:02

Modifié le lundi 02 juillet 2007 23:42

Ne dîtes plus rien

Ne dîtes plus rien
Ne dîtes plus rien

Je n'existe pour personne,
Je n'existe que pour le vent.
Un mur m'emprisonne
Loin, trop loin de ces gens.

Vous ne m'entendez pas crier,
Hurler de tout mon air?
Ainsi à m'époumoner,
À me détruire, à me défaire?

J'essaie de cogner, de frapper
Mais la pierre me brise les mains.
Vais-je pouvoir l'effondrer
Et montrer ma présence, enfin?

Mais je commence à penser
À ce que je suis...
Voulez-vous vraiment que je continue d'exister?
Ne dites rien. J'ai compris.

(Silverrose)
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# Posté le mardi 10 janvier 2006 16:57

Modifié le lundi 02 juillet 2007 23:42

Une martyre

Une martyre
DESSIN D'UN MAITRE INCONNU

Au milieu des flacons, des étoffes lamées
Et des meubles voluptueux,
Des marbres, des tableaux, des robes parfumées
Qui traînent à plis somptueux,

Dans une chambre tiède où, comme en une serre,
L'air est dangereux et fatal,
Où des bouquets mourants dans leurs cercueils de verre
Exhalent leur soupir final,

Un cadavre sans tête épanche, comme un fleuve,
Sur l'oreiller désaltéré
Un sang rouge et vivant, dont la toile s'abreuve
Avec l'avidité d'un pré.

Semblable aux visions pâles qu'enfante l'ombre
Et qui nous enchaînent les yeux,
La tête, avec l'amas de sa crinière sombre
Et de ses bijoux précieux,

Sur la table de nuit, comme une renoncule,
Repose ; et, vide de pensers,
Un regard vague et blanc comme le crépuscule
S'échappe des yeux révulsés.

Sur le lit, le tronc nu sans scrupules étale
Dans le plus complet abandon
La secrète splendeur et la beauté fatale
Dont la nature lui fit don ;

Un bas rosâtre, orné de coins d'or, à la jambe,
Comme un souvenir est resté ;
La jarretière, ainsi qu'un oeil secret qui flambe,
Darde un regard diamanté.

Le singulier aspect de cette solitude
Et d'un grand portrait langoureux,
Aux yeux provocateurs comme son attitude,
Révèle un amour ténébreux,

Une coupable joie et des fêtes étranges
Pleines de baisers infernaux,
Dont se réjouissait l'essaim des mauvais anges
Nageant dans les plis des rideaux ;

Et cependant, à voir la maigreur élégante
De l'épaule au contour heurté,
La hanche un peu pointue et la taille fringante
Ainsi qu'un reptile irrité,

Elle est bien jeune encor ! - Son âme exaspérée
Et ses sens par l'ennui mordus
S'étaient-ils entr'ouverts à la meute altérée
Des désirs errants et perdus ?

L'homme vindicatif que tu n'as pu, vivante,
Malgré tant d'amour, assouvir,
Combla-t-il sur ta chair inerte et complaisante
L'immensité de son désir ?

Réponds, cadavre impur ! et par tes tresses roides
Te soulevant d'un bras fiévreux,
Dis-moi, tête effrayante, a-t-il sur tes dents froides
Collé les suprêmes adieux ?

- Loin du monde railleur, loin de la foule impure,
Loin des magistrats curieux,
Dors en paix, dors en paix, étrange créature,
Dans ton tombeau mystérieux ;

Ton époux court le monde, et ta forme immortelle
Veille près de lui quand il dort ;
Autant que toi sans doute il te sera fidèle,
Et constant jusques à la mort.

(Charles Baudelaire)
Une martyre

# Posté le lundi 09 janvier 2006 21:44

Une charogne

Une charogne

Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d'été si doux :
Au détour d'un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,

Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d'exhalaisons.

Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande Nature
Tout ce qu'ensemble elle avait joint ;

Et le ciel regardait la carcasse superbe
Comme une fleur s'épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l'herbe
Vous crûtes vous évanouir.

Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
D'où sortaient de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons.

Tout cela descendait, montait comme une vague,
Ou s'élançait en pétillant ;
On eût dit que le corps, enflé d'un souffle vague,
Vivait en se multipliant.

Et ce monde rendait une étrange musique,
Comme l'eau courante et le vent,
Ou le grain qu'un vanneur d'un mouvement rythmique
Agite et tourne dans son van.

Les formes s'effaçaient et n'étaient plus qu'un rêve,
Une ébauche lente à venir,
Sur la toile oubliée, et que l'artiste achève
Seulement par le souvenir.

Derrière les rochers une chienne inquiète
Nous regardait d'un oeil fâché,
Epiant le moment de reprendre au squelette
Le morceau qu'elle avait lâché.

- Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
A cette horrible infection,
Etoile de mes yeux, soleil de ma nature,
Vous, mon ange et ma passion !

Oui ! telle vous serez, ô la reine des grâces,
Après les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous l'herbe et les floraisons grasses,
Moisir parmi les ossements.

Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j'ai gardé la forme et l'essence divine
De mes amours décomposés !

(Charles Baudelaire)
Une charogne
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# Posté le lundi 09 janvier 2006 21:31

Modifié le lundi 09 janvier 2006 21:45

Moi... et les autres?

Moi... et les autres?
Le noir... ou le blanc?
Le désespoir... ou le sourire?
La nuit et sa lune apaisante... ou le jour et son soleil aveuglant?
Les ténèbres... ou une foi douteuse envers Dieu?
Des paroles profondes... ou des paroles idiotes et éphémères?
L'amour passionné... ou l'amitié hypocrite?
La mort... ou la vie?
Moi... ou les autres?

J'ai déjà fait mon choix.
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# Posté le dimanche 08 janvier 2006 16:02